BIENFAITS des PLANTES MEDICINALES

ESCHOLTZIA

samedi 5 août 2017 par Dr Dom COQUERET

ESCHOLTZIA

(ESCHSCHOLZIA)

Eschscholzia californica Cham.

Article révisé en Août 2019

un groupe d’Escholtzias jaunes
près du cimetière
CHITRY, 89 Yonne

 Noms vernaculaires :

Pavot de Californie, Eschscholtzie de la Californie

Son nom savant lui a été donné par l’écrivain et botaniste CHAMISSO en l’honneur du médecin et botaniste germano-balte d’origine russe J-F von Eschscholtz qui l’a décrit lors d’une expédition en Californie en 1815 et l’a fait connaître en Europe.
Le nom botanique de la plante a gardé l’orthographe compliquée du savant mais sans « t » ! Pour l’usage courant, dans la littérature scientifique, ou en jardinerie, l’orthographe, dans un souci de simplification, a supprimé un des deux « sch » mais a conservé le « t » du savant ! Nous adopterons donc pour le reste de l’article l’orthographe simplifiée usuelle Escholtzia.

 BOTANIQUE

Famille des Papavéracées

Plante herbacée annuelle, à tige de 30 à 50cm ; à feuilles très découpées, glauques ; le bouton floral oblong et pointu, lorsqu’il s’ouvre en 2 parties laisse s’ouvrir une fleur à 4 pétales, dont la couleur varie du jaune-orangé jusqu’au rouge-orangé, très lumineux ; le fruit est un silice (capsule) ovale et allongé, à 10 nervures, qui, à maturité, s’ouvre pour libérer de petites graines nombreuses.

Toute la plante est parcourue d’un réseau laticifère au latex incolore.

Il existe une variété proche : l’ESCHSCHOLTZIA à FLEURS ORANGEES (Eschcholtzia crocea Bentham) dont les fleurs sont plus orangées.

 HABITAT

Originaire de la côte pacifique ouest-américaine, ce pavot pousse à l’état sauvage dans les terres arides de Californie, de l’Arizona, du Nord-Mexique et du Chili ; ramené en Europe dans les années 1820 pour ses qualités ornementales, il s’est fort bien acclimaté à nos jardins européens qu’il agrémente de sa touche lumineuse.

des Escholtzias route des Huilliers
AVIGNEAU, 89 Yonne

 USAGE MEDICINAL

 1) Historique et usages traditionnels 

Les Amérindiens l’employaient déjà comme plante médicinale antalgique, en particulier pour traiter les céphalées et les douleurs dentaires.
Proche du Coquelicot, il fut utilisé pour ses propriétés antalgique, sédative, et somnifère légère, et trouve un récent regain d’intérêt.

 2) Composition & Pharmacologie 

Jacques FLEURENTIN, ethnopharmacologue à Metz, participa à analyser les composants actifs de la plante  : plus d’une vingtaine d’alcaloïdes isoquinoléiques, et autres substances (ROLLAND A, FLEURENTIN J et al. 1991 et 2001) . L’attribution exacte des bénéfices cliniques à l’une ou l’autre de ces substances n’est pas encore totalement établie. Comme pour d’autres papavéracées à la composition complexe, les effets cliniques résultent souvent d’une synergie subtile entre les différents principes contenus dans le latex.

De celui-ci, concentré à 0,5 - 0,8% dans les parties aériennes et environ 3% dans la racine, ont donc été isolés :

- parmi les alcaloïdes de la famille pharmacologique de la « pavine » :
2 substances actives sont propres à l’Escholtzia :l’Eschscholtzine et la Californidine ; tandis que la Norargémonine et la Bisnorargémonine, qui ont été trouvées chez l’Argémone mexicaine, un pavot jaune épineux des zones arides du Mexique et d’Amérique du Nord, sont sédatives et analgésiques.

- de la Protopine (ou fumarine), alcaloïde déjà isolé de la Chélidoine et du Fumeterre, qui est antispasmodique par effet anticholinergique (il lève le spasme du sphincter d’Oddi qui ferme l’extrémité de la voie biliaire principale), en même temps antihistaminique, anxiolytique et légèrement hypnotique (en augmentant la fixation du GABA sur ses récepteurs, impliqués dans l’anxiété) ; il agirait aussi sur la sérotonine.

- de l’Apomorphine  : présent aussi dans le Nénuphar bleu, c’est un agoniste dopaminergique « D2-like » émétisant, utilisé dans la maladie de Parkinson, le sevrage de l’addiction à la Morphine, et la dysfonction érectile

- parmi les alcaloïdes isoquinoléiques, citons encore :
des aporphines : la Lauroscholtzine et la Glaucine ;
et des benzophénanthridines, dont :
la Norargémonine, trouvé chez l’Argémone mexicaine, un pavot jaune épineux des zones arides du Mexique et d’Amérique du Nord ;
. la Sanguinarine (principalement dans la racine, mais en petite quantité dans les parties aériennes) qui est anti-inflammatoire, antibactérienne, et antitumorale ; mais considérée comme dangereuse car elle favorise un glaucome chronique à angle ouvert, d’évolution insidieuse, avec risque de cécité ;
. la Cholérythrine ;
. et un peu de Chélidonine, connue dans la Chélidoine, et cytotoxique.

Enfin, sont présentes d’autres substances non-spécifiques :
- des flavonoïdes (Glucosides de Quercétine et d’Isorhamnétine...) - et des phytostérols

un Escholtzia dans une jachère fleurie
sur la route de PERRIGNY
AUXERRE, 89 Yonne

Expérimentalement chez l’animal de laboratoire, l’extrait aqueux réduit les troubles comportementaux, comme l’agitation chez la souris dans son environnement à la dose de 100mg/kg et dans un environnement non-familier (d’avantage anxiogène) à la dose double de 200mg/kg. L’action anxiolytique de la plante se manifeste dès 25mg/kg ; elle induit l’induction du sommeil à partir de 100mg/kg (ROLLAND, 1991).
Toujours expérimentalement, l’action sédative et anxiolytique de l’Escholtzia s’exerce par une affinité sur les récepteurs benzodiazépiniques cérébraux ; la plante possède aussi une action antalgique périphérique. Par contre, l’Escholtzia est dépourvu d’effet anticonvulsivant, myorelaxant, antidépresseur, neuroleptique, ou antihistaminique (ROLLAND, 2001).

Plus récemment, il a été montré que 2 alcaloïdes isoquinoliques (Réticuline 9 et 14) sont capables d’inhiber l’activité de la butyrylcholinestérase plasmatique humaine, une enzyme qui hydrolyse l’acétylcholine (CAHLIKOVA, 2010).

 3) Indications thérapeutiques de l’ESCHOLTZIA

L’ensemble de cette merveilleuse « chimie végétale » concourt aux propriétés cliniques observées, et aux indications du remède :

=> ses propriétés sédatives modérées sont l’essentiel du remède :

il « calme les nerfs » des sujets neurotoniques, et des enfants excités ;
il a une action anxiolytique douce, qui ressemble à l’action des benzodiazépines (cette famille de calmants trop largement prescrite par les médecins, et trop souvent réclamée par les patients cf. VALIUM ®, SERESTA ®, TEMESTA ®, NORDAZ ®, LEXOMIL ®…) mais dont il diffère car n’étant ni myorelaxant ni anti-épileptique, et par son absence d’accoutumance.

C’est un somnifère léger qui favorise l’endormissement, et procure un sommeil de qualité jusque dans la 2° partie de la nuit.

Associé à des remèdes homéopathiques comme HYOSCIAMUS 9CH (une solanacée qui ramène la psyché à un état d’équilibre) et NYCTERINIA 9CH (plante sud-africaine qui ré-apprend à l’horloge interne le rythme nyctéméral veille/sommeil), l’ESCHOLTZIA est une des meilleures ressources thérapeutiques pour retrouver un sommeil naturel, et, d’après notre expérience personnelle, pour réduire l’usage des benzodiazépines et des somnifères, et dans un certain nombre de cas parvenir même à un sevrage complet.

Plusieurs personnes sensibles m’ont même signalé un effet de rémanence d’une légère somnolence le lendemain matin…raison pour laquelle son emploi n’est pas recommandé avant conduite automobile.

Comme le COQUELICOT, l’ESCHOLTZIA n’induit pas d’accoutumance.

=> antalgique léger, il a toutefois une action assez notable sur les céphalées et les migraines ; également antinévralgique dentaire, et anti-rhumatismal ; il mérite d’être prescrit par cures afin de limiter le recours aux anti-inflammatoires et antalgiques synthétiques

=> antispasmodique des voies biliaires et du tractus digestif

=> a été utilisé dans l’énurésie nocturne persistante de l’enfant anxieux.

 RECOLTE

Les parties aériennes : tiges et feuilles, fleurs et capsules, de Juillet à Septembre.
(l’utilisation de la racine est déconseillée, car c’est la seule partie de la plante à contenir de la sanguinarine potentiellement toxique pour l’œil)

une capsule d’Escholtzia

 EMPLOI MEDICINAL et POSOLOGIE

- en Infusions de plantes fraiches ou sèches : 1-2 cuillère-à-café par tasse, laisser infuser 10-15 mn x 2-3 fois /j ou un peu plus concentrée le soir. Chez l’adulte et l’enfant > 6 ans.

- en TEINTURE MERE : ESCHOLTZIA CALIFORNICA TM est une forme pratique et efficace, car certaines substances anxiolytiques non-solubles dans l’eau sont extraites dans l’alcool de la teinture-mère : 50 gouttes x 3 f/j ou 100 gouttes le soir en monoprise environ ½ H avant le coucher puis adapter selon le résultat obtenu sur le sommeil entre 80 et 125-130 gouttes (= 1 cuillère-à-café), voire 150 gouttes le soir

- en GELULES : disponibles ARKOGELULE ESCHOLTZIA 300mg ou LithoESCHOLTZIA Fenioux 240 mg 3 gélules /j pour les états nerveux ou spasmodiques ; une bonne technique est la prescription majorée vespérale : 2 gélules au diner pour favoriser une détente pendant la veillée, suivie de 2 gélules au coucher pour induire le sommeil

On trouve des associations judicieuses :
Ex : SYMPATHYL ® = ESCHOLTZIA + AUBEPINE
SEDOPAL ® = ESCHOLTZIA + AUBEPINE + MELILOT
SOMNUSIA Lescuyer ® =ESCHOLTZIA + VALERIANE + PASSIFLORE + HOUBLON
Pour ces spécialités, la posologie est souple de 3 à 6 cp/j. par cures de quelques semaines.

 PHARMACOPEE FRANÇAISE 

Liste A (ansm Janvier 2019)

lumineux Escholtzias

 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 1) Bibliographie générale :

Jacques FLEURENTIN « Du bon usage des plantes qui soignent » p. 24-25

Pr J-P CHAUMONT, Dr J-M MOREL « Se soigner avec les plantes de Bourgogne » p.176-177

Loïc GIRRE « Les plantes et les médicaments » p. 72

Paul-Victor FOURNIER « Dictionnaire des Plantes médicinales et vénéneuses de France » , 1947, ré-éd. 2010, p. 382-283

Francis DEBAISIEUX « Plantes médicinales » p. 48

Jean-Pierre NICOLAS, Abbaye de Daoulas « Plantes Médicinales des cinq continents » p. 82

 2) Ouvrages anciens :

Pierre Auguste Joseph DRAPIEZ « Dictionnaire classique des Sciences Naturelles » Bruxelles, Volume 4, 1838, p. 244-245

 3) Articles scientifiques :

(articles classés par ordre chronologique, des plus anciens aux plus récents) :

ROLLAND A, FLEURENTIN J, LANHERS MC, YOUNOS C, MISSLIN R, MORTIER F, PELT JM. « Behavioural effects of the American traditional plant Eschscholtzia californica : sedative and anxiolytic properties » Planta Med. 1991 Jun ; 57 (3) : 212-16 (Laboratoire de Pharmacognosie, Université de Metz, France)

REY JP, LEVESQUE J, POUSSET JL, ROBLOT F. « Analytical and quantitative studies of californin and protopin in aerial part extracts of Eschscholtzia californica Cham. with high-performance liquid chromatography » J. of Chromatography A 1991 Dec ; 587(2) : 314-17 (Laboratoire de Pharmacologie, Faculté de Médecine et de Pharmacie, Poitiers, France)

BECK MA, HÄBERLEIN H. « Flavonol glycosides from Eschscholtzia californica » Phytochemistry 1999 ; 50(2) :329-32 (Marburg University, Germany)

ROLLAND A, FLEURENTIN J, LANHERS MC, MISSLIN R, MORTIER F. « Neurophysiological Effects of an Extract of Eschscholzia californica Cham. (Papaveraceae) » Phythoter. Res. 2001 Aug ; 15(5) : 377-81 (Laboratoire de Pharmacognosie, Université de Metz, France)

HANUS M, LAFON J, MATHIEU M. « Double-blind, randomised, placebo-controlled study to evaluate the efficacy and safety of a fixed combination containing two plant extracts (Crataegus oxyacantha and Eschscholtzia californica) and magnesium in mild-to-moderate anxiety disorders » Curr. Med. Res. Opin. 2004 Janv, 20 (1) : 63-71 (Innothera Laboratories, Arcueil, France)

CAHLIKOVA L, MACAKOVA K, KUNES J, KURFÜRST M, OPLETAL L, CVACKA J, CHLEBEK J, BLUNDENE G.« Acetylcholinesterase and butyrylcholinesterase inhibitory compounds from Eschscholzia californica (Papaveraceae) » Nat. Prod. Commun. 2010 Jul ; 5(7) : 1035-8 (Faculty of Pharmacy, Charles University, Czech Republic)

VACEK J, WALTEROVA D, VRUBLOVA E, SIMANEK V. « The Chemical and Biological Properties of Protopine and Allocryptopine » Heterocycles 2010 ; 81(8) : 1773-1789 (Palacky University, Olomuc, Czech Republic)

SARRIS J, PANOSSIAN A, SCHWEITZER I, STOUGH C, SCHOLEY A. « Herbal medicine for depression, anxiety and insomnia : A review of psychopharmacology and clinical evidence » European Neuropsychopharmacology 2011 Dec ; 21(12) : 841-60 (Melbourne University, Australia)

 WEBOGRAPHIE 

www.phytomania.com (Dr HURTEL)
www.doctissimo.com
www.wikiphyto.org
www.guide-phytosante.org/calmant-sedatif/eschscholtzia
www.phyto2000.org


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